Janvier 2001
Retour à la page d'accueil des AMIS DE PAKSANE

LES AMIS DE PAKSANE

présentent

La lettre de Bounma:

Retour au Laos 24 ans après et passage à Paksane

Beaucoup d'entre nous connaîssent Bounma. Il vient de retourner au Laos, pour la première fois depuis 1976.
Bounma était alors très engagé chez les chrétiens, et, en 1975, il collaborait avec des missionnaires Français dans la région de Pakse, avec un camarade de Paksane.
Après la prise du pouvoir par les communistes, ce dernier dut faire 13 mois de "Samana" (rééducation), près de Saravane. Il était coupable d'avoir été trop proche des anciens colonisateurs.
Bounma rentra dans la province de Thakkek d'où il était originaire, et là, il déclina les propositions de collaborer avec le nouveau pouvoir. Il jugea plus prudent de s'enfuir, à partir de son village de Don dôn, ce qui n'était pas trop difficile, puisque Don dôn est une île sur le Mékong, à 200 Km en aval de Paksane.

 

Pendant 24 ans, quelque chose m'a retenu. Je pensais même parfois que je n'avais plus aucune envie de retourner au Laos. J'avais le sentiment que j'avais été trahi, j'avais "la haine", comme on dit aujourd'hui, mais je ne savais même pas contre qui je devais tourner cette haine. Je vivais amputé de ma jeunesse, mes vingt premières années laissées pour toujours sur la rive gauche du Mékong.
Il a fallu les lettres, insistantes, de ma famille, en particulier celle de ma mère pour que je franchisse cette barrière mentale. A l'escale que je fis en Thaïlande, la proximité du Laos fit renaître en moi l'insécurité. Finalement, à Don Dôn, où j'ai passé l'essentiel de mon séjour, j'ai ressenti que mon village était relativement protégé vis-à-vis du pouvoir. Tant qu'ils ne dérangent pas l'ordre établi, et ne font pas de vagues à l'extérieur, les gens du village peuvent s'occuper de leurs affaires et décider de leur sort. Cette autonomie est sans doute renforcée par l'insularité du village, mais même en dehors de Don Dôn, chacun bénéficie d'une assez grande liberté dans la mesure où il ne gêne pas les affaires du gouvernement et des autorités provinciales. J'ai pu faire un aller et retour à Paksane le dimanche 3 Décembre.
Malheureusement, je n'avais pas pu prévenir de mon arrivée, et je n'ai pas pu rencontrer Sy Sayarack qui était à sa rizière. Mais j'ai pu voir sa fille aînée, celle qui devrait, en principe, prendre sa succession dans quelques années. Je lui ai remis le chèque de 5000F, de la part de l'association.
Elle m'a fait visiter le Foyer des "Amis de Paksane". J'ai vu les 12 lits, alignés contre le mur, et au centre de la salle, 12 tables de travail face à un tableau noir, et, sans que je sache très bien pourquoi, cette vision m'a réchauffé le cœur. Quelles que soient les questions que l'on peut se poser, j'ai pensé que c'était bien que des jeunes puissent habiter là, et j'étais fier d'avoir participé à ça.
Comme le 2 Décembre, le jour de la fête nationale, tombait un samedi, le Vendredi et le Lundi étaient jours fériés, ce qui faisait 4 jours de vacances, en tout, et les jeunes du foyer étaient tous rentrés dans leurs villages, à l'exception d'un seul avec qui j'ai pu bavarder un moment. Il n'avait pas les moyens de payer le transport pour Phone Saï, près de Pakkading (40 Km de Paksane). Pour lui, le foyer représente vraiment la seule solution pour poursuivre des études.
Je voudrais faire quelques remarques à propos de l'aide étrangère au Laos: Elle doit toujours demeurer modeste, car la jalousie peut monter très vite. Il y a 4 ans environ, les émigrés originaires de Don Dôn avaient réussi à rassembler 27000 dollars pour l'électrification du village: les 27000 dollars servaient à financer un transformateur et le réseau interne du village, et EDL (Electricité du Laos) prenait en charge l'arrivée de l'électricité jusqu'au transformateur. Il était difficile ensuite pour le village de demander des crédits au gouvernement pour d'autres équipements: On leur disait "Vous n'avez qu'à demander à ceux qui ont financé le transformateur."
Il y a quand même un projet en cours pour restaurer et agrandir l'école du village qui date des années 50. Un mot encore sur la liberté d'opinion qui reste très limitée au niveau des croyances religieuses. On ne fait pas d'histoires aux paysans d'un village catholique, mais il reste très difficile d'être fonctionnaire et catholique: Il faut signer un papier par lequel le catholique abjure plus ou moins sa foi.

Le 22/01/01

Bounma