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Pendant 24 ans, quelque chose m'a retenu. Je
pensais même parfois que je n'avais plus aucune envie de retourner au
Laos. J'avais le sentiment que j'avais été trahi, j'avais "la haine",
comme on dit aujourd'hui, mais je ne savais même pas contre qui je devais
tourner cette haine. Je vivais amputé de ma jeunesse, mes vingt premières
années laissées pour toujours sur la rive gauche du Mékong.
Il a fallu les lettres, insistantes,
de ma famille, en particulier celle de ma mère pour que je franchisse
cette barrière mentale. A l'escale que je fis en Thaïlande, la proximité
du Laos fit renaître en moi l'insécurité. Finalement, à Don Dôn, où j'ai
passé l'essentiel de mon séjour, j'ai ressenti que mon village était relativement
protégé vis-à-vis du pouvoir. Tant qu'ils ne dérangent pas l'ordre établi,
et ne font pas de vagues à l'extérieur, les gens du village peuvent s'occuper
de leurs affaires et décider de leur sort. Cette autonomie est sans doute
renforcée par l'insularité du village, mais même en dehors de Don Dôn,
chacun bénéficie d'une assez grande liberté dans la mesure où il ne gêne
pas les affaires du gouvernement et des autorités provinciales. J'ai pu
faire un aller et retour à Paksane le dimanche 3 Décembre.
Malheureusement, je n'avais pas pu prévenir de mon arrivée, et je n'ai
pas pu rencontrer Sy Sayarack qui était à sa rizière. Mais j'ai pu voir
sa fille aînée, celle qui devrait, en principe, prendre sa succession
dans quelques années. Je lui ai remis le chèque de 5000F, de la part de
l'association.
Elle m'a fait visiter le Foyer des "Amis de Paksane". J'ai vu les 12 lits,
alignés contre le mur, et au centre de la salle, 12 tables de travail
face à un tableau noir, et, sans que je sache très bien pourquoi, cette
vision m'a réchauffé le cœur. Quelles que soient les questions que l'on
peut se poser, j'ai pensé que c'était bien que des jeunes puissent habiter
là, et j'étais fier d'avoir participé à ça.
Comme le 2 Décembre, le jour de la fête nationale, tombait un samedi,
le Vendredi et le Lundi étaient jours fériés, ce qui faisait 4 jours de
vacances, en tout, et les jeunes du foyer étaient tous rentrés dans leurs
villages, à l'exception d'un seul avec qui j'ai pu bavarder un moment.
Il n'avait pas les moyens de payer le transport pour Phone Saï, près de
Pakkading (40 Km de Paksane). Pour lui, le foyer représente vraiment la
seule solution pour poursuivre des études.
Je voudrais faire quelques remarques à propos de l'aide étrangère au Laos:
Elle doit toujours demeurer modeste, car la jalousie peut monter très
vite. Il y a 4 ans environ, les émigrés originaires de Don Dôn avaient
réussi à rassembler 27000 dollars pour l'électrification du village: les
27000 dollars servaient à financer un transformateur et le réseau interne
du village, et EDL (Electricité du Laos) prenait en charge l'arrivée de
l'électricité jusqu'au transformateur. Il était difficile ensuite pour
le village de demander des crédits au gouvernement pour d'autres équipements:
On leur disait "Vous n'avez qu'à demander à ceux qui ont financé le transformateur."
Il y a quand même un projet en cours pour restaurer et agrandir l'école
du village qui date des années 50. Un mot encore sur la liberté d'opinion
qui reste très limitée au niveau des croyances religieuses. On ne fait
pas d'histoires aux paysans d'un village catholique, mais il reste très
difficile d'être fonctionnaire et catholique: Il faut signer un papier
par lequel le catholique abjure plus ou moins sa foi.
Le 22/01/01
Bounma
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